"OMG, vous avez vu la réforme sur les factures ?!".
Je suis sûr que cette phrase là, vous l'avez déjà vue passer sur Instagram ou dans un groupe Facebook d'entrepreneurs.
Entre "facturation électronique obligatoire", "plateforme agréée" et "e-reporting", il y a de quoi s'y perdre.
Je ne sais pas vous, mais en ce qui me concerne, dès qu'on mélange administratif, fiscalité et nouveaux outils à prendre en main, j'ai une "légère" envie de refermer mon ordinateur et de faire comme si je n'avais rien vu 😅
Sauf que cette fois, difficile d'y échapper : la réforme de la facturation électronique est entrée en vigueur le 1er septembre 2026 et elle concerne la grande majorité des entreprises, y compris les micro-entreprises.
Mais rassurez-vous, après avoir mené une enquête approfondie, je vous confirme que c'est beaucoup moins compliqué que ça en l'air.
Dans cet article, je vais donc vous expliquer :
- ce qu'est réellement la facturation électronique, pourquoi cette réforme a été mise en place et pourquoi elle vous concerne
- quelle est la différence entre une facture électronique et un e-reporting
- les 2 seules dates à retenir pour être en règle et les périodes de tolérance
- ce que la réforme va changer pour vous (que vous facturiez à des particuliers, professionnels, en France ou à l'étranger)
- ce qu'est une plateforme agréée, combien bien la choisir et celles que je recommande
- les changements à venir sur l'émission de vos factures
- et je vous donne également un plan d'action en 5 étapes pour vous mettre en règle
Et promis, même si cet article est long (car vous avez beaucoup de choses à savoir), comme d'habitude, ça ne fera pas mal 😉
La facturation électronique, c'est quoi exactement ?
Avant de regarder ce que vous devez changer dans votre activité, commençons par le début : qu'est-ce que l'administration appelle exactement une "facture électronique" ?
Parce que le premier piège de cette réforme se cache déjà dans son nom. Si vous créez vos factures sur votre ordinateur et que vous les envoyez ensuite par mail, vous pourriez logiquement penser que vous faites déjà de la facturation électronique .
Eh bien… non.
Une facture électronique n'est pas un simple PDF
Aux vues de cette nouvelle réforme , un PDF envoyé par mail n'est pas considéré comme une facture électronique.
Une véritable facture électronique doit contenir des données dans un format structuré. Cela veut dire que les informations qu'elle contient peuvent être lues et traitées automatiquement par des logiciels. Elle doit également être transmise par l'intermédiaire du nouveau circuit prévu par la réforme (que je vous explique plus en détail un peu plus bas).
Concrètement, si vous êtes freelance et que vous réalisez une mission pour une entreprise française, avant de pouvoir créer votre facture dans votre logiciel habituel, la télécharger en PDF et l'envoyer par mail à votre client.
Mais depuis la réforme, lorsque l’obligation d’émission de facture s’appliquera à votre entreprise, cette facture devra passer par une plateforme agréée.
Même chose si vous êtes coach ou consultante et que vous facturez une prestation à une autre entreprise.
Rassurez-vous tout de suite : vous n’aurez pas à créer vous-même ces fameux formats structurés, ni à comprendre comment ils fonctionnent techniquement. Votre logiciel ou votre plateforme s’en chargera pour vous. On verra tout ça un peu plus loin.
Mais toutes vos ventes ne passeront pas forcément par ce système de facturation électronique. Et c’est justement là qu’intervient le e-reporting.
Quelle différence entre facturation électronique et e-reporting ?
La différence est finalement beaucoup plus simple qu’elle n’en a l’air :
- La facturation électronique concerne les opérations réalisées entre deux entreprises établies en France.
- L'e-reporting concerne principalement les ventes ou prestations réalisées avec des particuliers, ainsi que les opérations effectuées avec des clients ou partenaires professionnels établis à l’étranger.
Prenons quelques exemples.
- Vous êtes freelance et vous facturez une entreprise française : votre facture entrera dans le système de facturation électronique.
- Vous êtes coach et vous accompagnez des particuliers : vos ventes seront concernées par le e-reporting.
- Vous êtes formatrice et vous vendez une formation en ligne à des particuliers : là encore, vous serez concernée par le e-reporting.
- Vous faites de l’affiliation et percevez des commissions d’une entreprise située à l’étranger : l’opération relève du e-reporting.
Pour les opérations concernées par l'e-reporting, vous continuez à créer, envoyer et recevoir vos factures comme vous le faisiez avant la réforme. En revanche, certaines données de ces ventes doivent désormais être transmises à l’administration fiscale.
Pas de panique : vous n’aurez pas à envoyer manuellement toutes ces informations aux impôts après chaque vente. Votre plateforme agréée se chargera de leur transmission à partir des données que vous lui aurez fournies.
Mais on verra un peu plus loin quelles obligations s’appliquent à votre activité selon le type de clientes avec lesquelles vous travaillez.
Maintenant, voyons quels sont les objectifs de cette réforme.
Pourquoi cette réforme a-t-elle été mise en place ?
Cette réforme a plusieurs objectifs à court / moyen terme :
- moderniser les échanges entre les entreprises,
- améliorer le suivi de la TVA,
- et lutter contre la fraude fiscale.
À plus long terme, l’objectif est également de simplifier certaines démarches administratives grâce aux informations transmises automatiquement à l’administration.
L’idée est notamment qu’une partie des données nécessaires aux déclarations de TVA puisse progressivement être préremplie, un peu comme votre déclaration de revenus aujourd’hui.
Pour le moment, nous n’en sommes pas encore là, mais c’est bien la direction prise par la réforme.
Si vous avez envie de creuser le sujet jusque dans ses moindres détails (promis, je ne juge personne 😂), vous pouvez également consulter le dossier consacré à la facturation électronique sur economie.gouv.fr.
Maintenant que vous savez de quoi on parle, reste à répondre à la question qui vous intéresse probablement beaucoup plus : est-ce que cette réforme vous concerne réellement ?
Suis-je concerné par la facturation électronique ?
Dans la grande majorité des cas, oui. Si vous êtes freelance, coach, consultante, formatrice, affiliée ou micro-entrepreneuse, vous êtes probablement concerné par la réforme.
Et vous pouvez l'être même si vous ne facturez actuellement pas de TVA.
Il faut simplement distinguer deux situations.
La première est la franchise en base de TVA : elle permet aux petites entreprises de ne pas fabriquer la TVA tant que leur chiffre d'affaires reste sous certains seuils. Par exemple, pour une activité de prestation de services, le seuil de base est de 37 500 € de chiffre d'affaires annuel en 2026.
C'est le cas de nombreux freelances et micro-entrepreneurs qui indiquent sur leurs factures « TVA non applicable ».
Si vous êtes dans cette situation, vous êtes bien concerné par la réforme de la facturation électronique, même si vous ne facturez pas de TVA.
Si vous voulez mieux comprendre le fonctionnement de la TVA, les seuils à surveiller et ce qui se passe lorsque vous les dépassez, j'en parle plus en détail dans mon article sur la déclaration des revenus .
La deuxième situation est l'exonération de TVA : ce n'est pas votre chiffre d'affaires qui vous permet de ne pas fabriquer la TVA. Ce sont certaines opérations précises qui sont exonérées par la loi. C'est notamment le cas de certaines prestations de formation professionnelle. Une formatrice peut donc être exonérée de TVA sur certaines formations si elle remplit les conditions prévues, qu'elle soit ou non en micro-entreprise.
Et cette distinction est importante pour notre réforme : les opérations exonérées de TVA prévues par la réglementation ne sont pas concernées par l'obligation d'émettre une facture électronique, ni par l'e-reporting.
En revanche, l'entreprise reste concernée par la réception des factures électroniques de ses fournisseurs.
En résumé :
Si vous ne facturez pas la TVA parce que vous êtes en franchise en base , vous êtes concerné par la réforme.
Et si vous réalisez certaines opérations légalement exonérées de TVA, ces opérations peuvent ne pas être concernées par l’émission électronique et l'e-reporting.
Si vous avez le moindre doute sur votre situation, notamment sur la TVA, une éventuelle exonération ou le régime applicable à certaines de vos prestations, rapprochez vous d’un expert-comptable. Ces règles peuvent varier selon votre activité et votre situation, et il vaut mieux faire vérifier votre cas plutôt que de partir d’une mauvaise interprétation.
Maintenant que vous savez si la réforme s’applique à votre activité, voyons à partir de quand vous devez concrètement vous y conformer.
Facturation électronique : quelles sont les dates à retenir ?
Voyons maintenant à partir de quand les différentes obligations s'appliquent.
Car tout ne devient pas obligatoire au même moment : la date dépend de la fois de l'obligation concernée et de la taille de votre entreprise.
Depuis le 1er septembre 2026 : réception des factures électroniques
Depuis le 1er septembre 2026, toutes les entreprises concernées par la réforme doivent être capables de recevoir des factures électroniques , quelle que soit leur taille. Cette obligation vous concerne donc déjà si vous êtes freelance, coach, consultante, formatrice, affiliée ou plus généralement micro-entrepreneuse.
Pourquoi devez-vous être en mesure de recevoir des factures électroniques alors que vous n'êtes pas encore obligées d'en émettre ?
Parce que les grandes entreprises et les entreprises de taille intermédiaire (appelées ETI) doivent, elles, envoyer leurs factures sous forme électronique depuis le 1er septembre 2026.
Vous pouvez donc recevoir de cette manière la facture de votre fournisseur d'électricité, de votre opérateur téléphonique, d'un logiciel que vous utilisez pour votre activité ou de n'importe quel autre fournisseur déjà soumis à l'obligation d'émission.
Pour pouvoir les recevoir, vous devez avoir choisi une plateforme agréée. C'est elle qui réceptionnera les factures électroniques envoyées à votre entreprise.
On verra un peu plus loin ce qu'est exactement une plateforme agréée , commenter la choisir et combien cela peut vous coûter.
Pour le moment, retenez simplement ceci : depuis le 1er septembre 2026, vous devez être équipé pour recevoir des factures électroniques.
À partir du 1er septembre 2027 : émission des factures électroniques et du e-reporting
À partir du 1er septembre 2027, ce sera au tour des micro-entreprises, TPE et PME d'émettre leurs factures électroniques pour les opérations concernées par la réforme.
Prenons un exemple : vous êtes consultante et vous facturez une mission à une entreprise française, votre facture devra passer par le système de facturation électronique à partir du 1er septembre 2027.
Le 1er septembre 2027 marque également le début de l’obligation de e-reporting pour ces entreprises.
Si vous vendez par exemple une formation en ligne à des particuliers ou si vous réalisez une opération avec un client professionnel situé à l’étranger, les données concernées devront être transmises à votre plateforme agréée, qui les transmettra ensuite à l’administration fiscale.
Maintenant regardons ce que ça change concrètement pour vous, selon votre activité et les personnes à qui vous vendez.
Ce que la réforme change selon votre activité
Votre activité ne suffit pas à déterminer ce que vous devrez faire. Une coach peut travailler avec des particuliers, des entreprises françaises et même des clients installés à l’étranger. Et selon la personne que vous facturez, les règles ne seront pas les mêmes.
Vous facturez une entreprise établie en France
Si vos clients sont des entreprises établies en France et que l’opération entre dans le champ de la TVA française, c’est la facturation électronique qui s’applique.
À partir du 1er septembre 2027, votre facture devra donc passer par une plateforme agréée au lieu d’être simplement envoyée par mail en PDF.
Par exemple, si vous êtes copywriter et que vous facturez la rédaction d’une page de vente à une entreprise française, vous devrez lui envoyer votre facture par ce nouveau circuit.
Même chose si vous êtes coach et que vous réalisez un accompagnement pour une entreprise, ou formatrice et que vous facturez une formation à une société française, à condition bien sûr que la prestation concernée ne fasse pas partie des opérations exonérées par la TVA dont nous avons parlé précédemment.
Votre plateforme agréée se chargera ensuite de transmettre la facture à votre client et les informations nécessaires à l’administration fiscale.
Vous vendez à des particuliers
Si vous vendez vos produits ou vos prestations à des particuliers, vous ne leur envoyez pas de facture par le circuit de facturation électronique prévu entre entreprises.
C’est donc l'e-reporting qui s’applique à ces ventes.
Vous êtes par exemple coach et vos clients sont des particuliers ? Vous êtes concernée par l'e-reporting.
Vous vendez une formation en ligne directement à des particuliers ? Même chose.
Concrètement, à partir du 1er septembre 2027, certaines informations concernant ces ventes devront être transmises à votre plateforme agréée, qui les communiquera ensuite à l’administration fiscale.
Vous n’aurez donc pas à créer une facture électronique pour chaque client, mais vous devrez transmettre l’ensemble des données de vos transactions.
Vous travaillez avec une entreprise située à l’étranger
Si vos clients professionnels sont établis à l’étranger, vous n’avez pas à lui envoyer une facture électronique par le nouveau circuit français.
En revanche, les données concernant cette opération doivent être transmises à l’administration via le e-reporting.
Cela peut également vous concerner en affiliation. Si l’entreprise ou la plateforme qui vous verse vos commissions est établie à l’étranger, les opérations concernées ne passent pas par la facturation électronique entre entreprises françaises et peuvent relever du e-reporting.
Vous pouvez d’ailleurs travailler avec plusieurs types de clients en même temps. Une coach qui accompagne des particuliers et intervient également auprès d’entreprises françaises sera concernée par l'e-reporting pour les premiers et par la facturation électronique pour les secondes.
Chaque opération détermine donc le dispositif (soit la facturation électronique, soit le e-reporting).
Passons maintenant à la fameuse plateforme agréée.
Les plateformes agréées : comment ça fonctionne ?
Depuis le début de cet article, je vous parle de plateforme agréée. Et si vous avez suivi jusque-là, vous avez probablement compris qu’elle va occuper une place centrale dans cette réforme.
Mais avant de choisir la vôtre, encore faut-il comprendre ce qui se cache derrière ce terme et pourquoi vous allez en avoir besoin.
À quoi sert une plateforme agréée ?
Une plateforme agréée est un service privé qui a reçu l’agrément de l’administration fiscale pour gérer la facturation électronique.
Nous l’avons vu plus haut, elle sert à recevoir les factures électroniques de vos fournisseurs, à envoyer vos propres factures électroniques à vos clients professionnels et à transmettre à l’administration les données nécessaires au e-reporting.
Mais cela ne signifie pas forcément que vous devez abandonner le logiciel de facturation que vous utilisez (si vous en utilisez un).
Certains logiciels sont eux-mêmes des plateformes agréées. D’autres sont ce que l’administration appelle des "solutions compatibles". Dans ce deuxième cas, votre logiciel reste l’outil que vous utilisez au quotidien pour créer vos factures, mais il est connecté à une plateforme agréée qui se charge de les transmettre au bon endroit.
Si vous utilisez déjà un logiciel de facturation, commencez donc simplement par vérifier s’il est lui-même agréé ou s’il est devenu une solution compatible avec la réforme. Vous n’aurez peut-être rien à changer à vos habitudes.
Existe-t-il une plateforme gratuite proposée par l’État ?
La réponse est non. À l’origine, l’État avait prévu de permettre aux entreprises d’envoyer et de recevoir gratuitement leurs factures électroniques par l’intermédiaire du Portail Public de Facturation, souvent appelé PPF. Mais ce projet a été modifié en 2024.
Le Portail Public de Facturation existe toujours, mais il ne sert pas de logiciel de facturation aux entreprises. Il gère notamment l’annuaire qui permet de savoir vers quelle plateforme envoyer les factures et centralise les données destinées à l’administration fiscale.
Vous devez donc passer directement par une plateforme agréée privée ou par l’intermédiaire de votre logiciel comptable (s’il est connecté à l’une d’elles).
Cela ne signifie pas pour autant que vous allez forcément devoir payer un nouvel abonnement.
Comment choisir votre plateforme agréée ?
La liste officielle des plateformes agréées est disponible sur impots.gouv.fr. Et autant vous prévenir : il y en a beaucoup 😅.
Avant d’en choisir une au hasard, commencez donc par regarder ce que vous utilisez déjà.
Si votre logiciel de facturation est devenu une plateforme agréée ou une solution compatible, rester sur votre outil actuel sera souvent beaucoup plus simple que de recommencer toute votre organisation ailleurs.
Si vous devez choisir une nouvelle solution, regardez surtout si elle correspond à votre façon de travailler :
- Pouvez-vous créer facilement vos devis et factures ?
- Gère-t-elle aussi bien la réception que l’émission des factures électroniques ?
- Prend-elle en charge le e-reporting ?
- Pouvez-vous l’utiliser facilement si vous vendez à la fois à des particuliers et à des professionnels ?
- Et surtout, est-ce que vous comprenez son fonctionnement sans avoir besoin de regarder 12.000 tutoriels à chaque fois que vous voulez créer une facture ?
Le prix mérite aussi votre attention.
Certaines plateformes proposent gratuitement les fonctionnalités nécessaires à la réforme, tandis que d’autres les intègrent dans un abonnement payant ou proposent des services supplémentaires en option.
Ne choisissez toutefois pas votre plateforme uniquement parce qu’elle est gratuite. Vérifiez surtout qu’elle correspond à votre activité et à votre façon de travailler. Si vous avez besoin de gérer vos devis, vos paiements, votre comptabilité ou certaines automatisations au même endroit, une offre payante peut parfois vous faire gagner suffisamment de temps pour justifier son prix.
Parmi les solutions qui peuvent être adaptées aux indépendantes, vous pouvez notamment regarder du côté de :
Tiime, qui est une plateforme agréée et propose gratuitement la création, l’émission et la réception des factures électroniques ainsi que l'e-reporting.
Indy est également une plateforme agréée par la DGFiP. Sa solution de facturation électronique est gratuite et permet d’émettre et de recevoir des factures électroniques, ainsi que de gérer l'e-reporting. Indy est idéale pour centraliser facturation et comptabilité au même endroit car vous pouvez connecter de nombreuses banques gratuitement sur votre compte.
Abby est une plateforme agréée particulièrement adaptée aux indépendantes et micro-entrepreneuses. L’émission et la réception des factures électroniques sont accessibles dans son offre gratuite.
Qonto est aussi devenu une plateforme agréée. Son outil Qonto Facturation peut être utilisé gratuitement, même sans souscrire à un compte bancaire professionnel, pour créer et gérer ses factures électroniques.
Pennylane est une plateforme agréée et propose une offre gratuite destinée aux micro-entreprises pour la facturation électronique.
Les offres et les tarifs peuvent évidemment évoluer. Avant de vous inscrire, vérifiez donc toujours les fonctionnalités comprises dans l’offre choisie et assurez-vous que la plateforme figure bien sur la liste officielle publiée par l’administration.
Qu’est-ce qui change concrètement sur vos factures ?
La réforme change la façon dont vos factures sont envoyées et reçues, mais elle modifie aussi certaines informations qu’elles doivent contenir.
Rassurez-vous, la plupart de ces changements seront directement gérés par votre logiciel ou votre plateforme agréée.
Les nouvelles mentions obligatoires
Lorsque vous devrez émettre vos factures électroniques, à partir du 1er septembre 2027 si vous êtes micro-entrepreneuse, à la tête d’une TPE ou d’une PME, quatre nouvelles informations devront y figurer.
Il faudra indiquer :
- le numéro SIREN de vos clients professionnels
- la nature de l’opération : vente de biens, prestation de services ou les deux
- l’adresse de livraison lorsqu’elle est différente de l’adresse de facturation
- si vous avez choisi de payer la TVA d’après les débits, la mention de cette option
Ces informations viennent s’ajouter aux mentions qui doivent déjà apparaître aujourd’hui sur vos factures.
Par exemple, si vous êtes freelance et que vous facturez une prestation à une entreprise française, vous devrez notamment renseigner son numéro SIREN et indiquer qu’il s’agit d’une prestation de services.
Là encore, vous n’aurez normalement pas à vous demander où placer chaque information. Votre logiciel de facturation vous demandera les données nécessaires au moment de créer la facture.
Les formats Factur-X, UBL et CII
Pour pouvoir être traitée automatiquement par les différents logiciels et plateformes, une facture électronique doit respecter un format spécifique.
Vous entendrez peut-être parler de Factur-X, UBL ou CII, qui sont les principaux formats prévus pour la facturation électronique.
Mais vous n’avez pas besoin de savoir les créer ni même de comprendre leur fonctionnement technique. Vous continuerez à remplir votre facture dans votre outil avec les informations de facturation habituelles :
- votre client
- votre prestation
- le montant
- la TVA lorsqu’elle s’applique, etc.
C’est ensuite votre logiciel ou votre plateforme qui générera la facture dans le format adéquat. Autrement dit, personne ne va vous demander de transformer vous-même un PDF en fichier UBL ou que sais-je 😅.
Les différents statuts d’une facture
Avec la facturation électronique, vos factures disposent de différents statuts qui permettent de suivre leur parcours.
Quatre statuts font notamment partie du suivi obligatoire :
- Déposée : votre facture a bien été acceptée par votre plateforme.
- Rejetée : la facture présente un problème technique ou une anomalie qui empêche son traitement
- Refusée : votre client refuse la facture, par exemple parce qu’elle comporte une erreur.
- Encaissée : le paiement de la facture a été reçu, lorsque ce statut doit être renseigné.
Pour vous, c’est plutôt une bonne nouvelle parce que vous saurez si votre facture a bien été prise en charge ou si elle a rencontré un problème, au lieu de vous demander pendant plusieurs jours si elle s’est perdue quelque part dans une boîte mail.
Au final, les changements les plus techniques seront donc principalement gérés par les outils que vous utilisez. De votre côté, le plus important sera surtout de fournir les bonnes informations et de vous assurer que votre logiciel ou votre plateforme est bien conforme à la réforme.
Reste maintenant une question beaucoup moins réjouissante : que se passe-t-il si vous ne respectez pas ces nouvelles obligations ?
Que risquez vous si vous n’êtes pas en règle ?
Forcément, qui dit nouvelle obligation dit aussi sanctions en cas de non-respect.
Pas besoin de paniquer si vous découvrez seulement maintenant que vous deviez déjà avoir choisi une plateforme pour recevoir vos factures électroniques. Les sanctions ne tombent pas du jour au lendemain.
Les sanctions prévues
Depuis le 1er septembre 2026, vous devez avoir choisi une plateforme agréée pour recevoir vos factures électroniques. Si ce n’est pas encore fait et que l’administration constate le manquement, elle vous demande d’abord de vous mettre en conformité dans un délai de trois mois.
Si vous ne l’avez toujours pas fait à l’issue de ce délai, vous risquez une amende de 500 €. Vous disposez ensuite d’un nouveau délai de trois mois pour régulariser votre situation. Si vous ne le faites toujours pas, l’amende passe à 1.000 €, puis une nouvelle amende de 1.000 € peut être appliquée tous les trois mois tant que la situation n’est pas régularisée.
À partir du 1er septembre 2027, d’autres sanctions pourront vous concerner puisque vous devrez également émettre vos factures électroniques et effectuer votre e-reporting.
Si vous n’émettez pas une facture sous forme électronique alors que vous en avez l’obligation, l’amende est de 50 € par facture, dans la limite de 15.000 € par année civile (article 1737 du CGI).
Pour le e-reporting, le défaut de transmission des données peut entraîner une amende de 500 € par transmission, également plafonnée à 15.000 € par année civile.
La première infraction n’est toutefois pas sanctionnée si vous la corrigez spontanément ou dans les 30 jours suivant une première demande de l’administration, à condition de ne pas avoir commis la même infraction au cours de l’année en cours ou des trois années précédentes.
Ces montants peuvent sembler impressionnants, mais l’objectif n’est évidemment pas de sanctionner immédiatement toutes les entrepreneuses qui rencontrent une difficulté avec ce nouveau système.
Au-delà des amendes, ne pas être prête peut aussi avoir des conséquences beaucoup plus concrètes sur votre activité. Si vous n’avez pas correctement configuré la réception de vos factures électroniques, vous risquez par exemple de passer à côté d’une facture envoyée par un fournisseur. Et à partir de septembre 2027, si vous n’êtes pas en mesure d’envoyer une facture électronique conforme à une entreprise française, son traitement et donc son paiement pourraient être retardés.
Autrement dit, l’enjeu n’est pas seulement d’éviter une sanction. Il s’agit aussi de continuer à recevoir, envoyer et traiter vos factures normalement.
Une période de tolérance est prévue pour le démarrage de la réforme
Pour le lancement de la réforme, l’administration a annoncé une période de tolérance pour les entreprises qui rencontrent des difficultés dans leur mise en conformité.
Concrètement, aucune sanction ne doit être appliquée pendant cette phase de démarrage auprès des entreprises qui rencontrent réellement des difficultés pour mettre en place la réforme. Le communiqué officiel du 11 juillet 2026 annonce une approche de tolérance et de bienveillance dans la phase de démarrage.
Depuis le 1er septembre 2026, vous devez bien être en mesure de recevoir des factures électroniques. Si vous n’avez encore choisi aucune plateforme agréée, le mieux est donc de vous en occuper le plus rapidement possible plutôt que d’attendre la fin de la période de tolérance.
Si vous vous rendez compte que vous avez oublié une démarche ou commis une erreur, ne laissez pas la situation traîner. Corrigez ce qui peut l’être dès que possible et conservez les éléments permettant de montrer les démarches que vous avez entreprises pour vous mettre en conformité.
Pour une question pratique sur la réforme, vous pouvez appeler le numéro national d’assistance au 0 806 807 807. Le service est gratuit, hors prix de l’appel. Pour une question qui concerne votre TVA, une exonération ou votre situation fiscale particulière, rapprochez vous plutôt d’un expert-comptable.
Maintenant, passons à la pratique…
Votre plan d’action en 5 étapes pour vous mettre en conformité
Vous avez maintenant toutes les informations pour comprendre la réforme. Mais si vous êtes comme moi avec l’administratif, comprendre la théorie ne suffit pas vraiment. Ce que vous voulez surtout savoir, c’est : "OK, maintenant, je fais quoi ?".
On va donc laisser de côté les grands principes et passer au concret. Voici les 5 étapes à suivre, dans l’ordre, pour vous mettre en conformité sans vous éparpiller.
Étape 1 : vérifiez précisément quelles obligations vous concernent
Avant de modifier quoi que ce soit dans votre organisation, commencez par vérifier votre situation.
Pour vous faciliter la tâche, impots.gouv.fr propose un outil gratuit intitulé "La facturation électronique, qu’est-ce que ça change pour moi ?". Vous répondez simplement à quelques questions sur votre activité, vos clients et votre situation vis-à-vis de la TVA, et l’outil vous indique les obligations qui vous concernent.
Prenez donc quelques minutes pour faire ce test et notez les trois informations qui vous intéressent :
- Devez-vous recevoir des factures électroniques ?
- A partir de quand devez-vous en émettre ?
- Et êtes-vous concernée par le e-reporting ?
Pour la plupart d’entre vous, la réception est déjà obligatoire depuis le 1er septembre 2026. L’émission des factures électroniques et le e-reporting commenceront le 1er septembre 2027 (je sais, je me répète 😂).
Une fois que vous savez exactement ce qui s’applique à votre activité, vous pouvez vous occuper de l’urgence actuelle : être capable de recevoir vos factures électroniques.
Étape 2 : vérifiez si votre logiciel actuel est déjà prêt
Et si vous n’utilisez aucun logiciel de facturation actuellement, ce n’est pas un problème. Vous pouvez directement passer à l’étape suivante.
Et si vous utilisez un logiciel pour créer vos devis et vos factures, ne créez pas immédiatement un compte ailleurs.
Commencez par vérifier ce que votre outil a prévu pour la réforme. L’administration recommande d’ailleurs aux entreprises qui utilisent déjà un logiciel de se renseigner auprès de l’entreprise pour savoir si elle est agréée ou si elle est connectée à une plateforme agréée.
Allez directement sur le site de votre logiciel ou dans son centre d’aide et recherchez "facturation électronique". Vous devez pouvoir répondre clairement à ces questions :
- Mon logiciel est-il une plateforme agréée ou une solution compatible ?
- Puis-je déjà recevoir mes factures électroniques avec cet outil ?
- Dois-je activer une option ou créer un compte spécifique ?
- Cette fonctionnalité est-elle comprise dans mon abonnement actuel ou c’est une option payante ?
- Le e-reporting sera-t-il pris en charge à partir de 2027 ?
Si vous ne trouvez pas les réponses, n’hésitez pas à les contacter.
Étape 3 : choisissez votre plateforme agréée et créez votre compte
Si votre outil actuel ne vous permet pas de respecter la réforme, ou si vous n’en utilisez aucun, vous devez choisir une plateforme agréée.
Ne cherchez pas une liste au hasard sur Google. Rendez-vous directement sur la liste officielle des plateformes agréées publiée par impots.gouv.fr. Cette liste est mise à jour par l’administration et permet de vérifier qu’une solution est réellement agréée.
Vous pouvez ensuite comparer deux ou trois solutions adaptées à vos besoins parmi celles que nous avons vues plus haut, comme Tiime, Indy, Abby, Qonto ou Pennylane.
Une fois votre choix fait, créez votre compte et suivez les étapes demandées par la plateforme pour rattacher votre entreprise. Vous aurez notamment besoin des informations permettant de l’identifier, dont votre SIREN.
Vous n’avez ensuite aucune démarche particulière à effectuer auprès des impôts pour leur annoncer la plateforme que vous avez choisie. C’est votre plateforme qui se charge d’enregistrer ce choix dans l’annuaire central de la facturation électronique.
Quand votre compte est créé, il ne vous reste plus qu’à vérifier que tout est réellement opérationnel.
Étape 4 : vérifiez que vous pouvez bien recevoir vos factures électroniques
Depuis le 1er septembre 2026, choisir une plateforme ne sert pas simplement à anticiper la réforme : vous devez déjà être capable d’y recevoir les factures électroniques de vos fournisseurs.
Commencez donc par vous connecter à votre plateforme et vérifiez que votre entreprise est correctement enregistrée.
Vous pouvez également consulter l’annuaire de la facturation électronique mis à disposition par l’État. Il vous permet de vérifier si votre entreprise est bien concernée par la réforme, si une plateforme de réception lui est déjà associée et quelle est son adresse électronique de facturation.
Pensez également à vérifier comment votre plateforme vous prévient lorsqu’une nouvelle facture arrive. Selon l’outil choisi, vous pourrez recevoir une notification ou retrouver directement vos nouvelles factures dans votre espace.
L’administration précise que c’est la plateforme qui vous informe de la réception et vous permet ensuite d’accéder à la facture.
À ce stade, votre priorité pour 2026 est réglée : vos fournisseurs soumis à la facturation électronique peuvent vous envoyer leurs factures par le nouveau circuit.
Vous pouvez maintenant prendre un peu d’avance sur ce qui vous attend en 2027.
Étape 5 : préparez vos factures et votre e-reporting pour septembre 2027
Vous n’avez pas besoin d’attendre septembre 2027 pour découvrir le fonctionnement de votre plateforme la veille de l’échéance.
Commencez par regarder comment vous créerez une facture électronique avec l’outil que vous avez choisi. Si votre plateforme propose un espace de démonstration ou une fonction de test, profitez-en pour vous familiariser avec son fonctionnement.
Vérifiez ensuite les informations enregistrées sur vos clients professionnels. À partir de septembre 2027, votre logiciel aura notamment besoin de données précises pour envoyer correctement vos factures. Vous pouvez donc commencer à compléter vos fiches clients, avec leur coordonnées et leur numéro SIREN.
Si vous travaillez avec plusieurs types de clients, profitez-en également pour les identifier clairement dans votre outil :
- entreprises françaises,
- particuliers
- et entreprises étrangères.
Cela vous aidera à distinguer les opérations qui relèvent de la facturation électronique de celles qui relèvent du e-reporting.
Enfin, vérifiez comment votre plateforme prévoit de récupérer les informations nécessaires au e-reporting si vous êtes concernée. Selon votre organisation et l’outil utilisé, les données pourront être récupérées directement à partir de vos factures ou devront être renseignées par un autre moyen. C’est ensuite votre plateforme agréée qui se chargera de les transmettre à l’administration fiscale.
Si vous suivez ces cinq étapes, vous n’avez donc pas besoin de bouleverser toute votre organisation aujourd’hui. Votre priorité immédiate est de vérifier votre situation, de choisir ou valider votre plateforme agréée et de vous assurer que vous pouvez déjà recevoir vos factures électroniques. Vous pourrez ensuite préparer tranquillement l’émission et l'e-reporting avant septembre 2027.
Pour résumer sur tout ce que vous devez savoir sur la réforme de la facturation électronique
Depuis le 1ᵉʳ septembre 2026, toutes les entreprises, y compris les micro-entreprises, doivent pouvoir recevoir des factures électroniques via une plateforme agréée.
À partir de septembre 2027, ce sera aussi à vous d'émettre vos propres factures via ce circuit pour vos clients professionnels.
Un PDF par email ne suffira plus, et il n'existe pas de portail gratuit de l'État pour ça, malgré ce qu'on peut encore lire ailleurs.
Des sanctions existent, mais l'administration se montre compréhensive au démarrage envers les entreprises de bonne foi, ce qui ne veut pas dire qu'il faut traîner.
La préparation, elle, commence maintenant : vérifier ses outils, choisir sa plateforme, parler à son comptable si vous en avez un.
Pas de panique : avec un peu d'anticipation, tout se passera bien.
Pour finir, je tiens à préciser, comme toujours pour les sujets administratifs et fiscaux, que cet article est là pour vous orienter et vous aider à comprendre la réforme dans ses grandes lignes. Les lois évoluent et chaque situation est unique. Pour les décisions importantes, n'hésitez pas à vous rapprocher d'un expert-comptable ou à consulter directement les sources officielles.


